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Pierre Bacchus

samedi 6 septembre 2014


Pierre Bacchus était un humaniste d’une grande culture, physicien dans l’âme, curieux de tout, aussi bien astronome qu’informaticien, et surtout professeur pédagogue hors pair.

Né le 10 juillet 1923 à Charleville-Mézières, il a obtenu à 16 ans le 1er prix de mathématiques du Concours Général et son Baccalauréat avec mention (juillet 1940). Après les classes préparatoires au lycée Saint-Louis à Paris, il aura le choix d’intégrer l’Ecole Polytechnique (115ème) ou l’Ecole Normale Supérieure (2ème). Il a choisi la carrière de l’Enseignement Supérieur. Il est ainsi devenu Docteur es sciences physiques. Il a travaillé sur la spectroscopie Raman et sur le sodium atmosphérique. Il a collaboré, entre autres, avec Alfred Kastler (prix Nobel 1966) puis avec Pierre Lacroute à l’Observatoire de Strasbourg où il étudia aussi les vitesses radiales, la photométrie, la mesure photographique des cercles méridiens et le principe d’une horloge astronomique à pendule libre sans contacts matériels.

Lors de la préparation de sa thèse de doctorat d’Etat avec Pierre Lacroute, futur père du programme Hipparcos du CNES (1966), ils ont eu l’idée d’utiliser un satellite artificiel pour mesurer avec plus de précision qu’au sol les distances des étoiles. Jeune professeur, dans les années 1960, il rédigea les annales Vuibert des épreuves de Sciences Physiques des concours aux Grandes Ecoles et prit la responsabilité du Journal de Sciences Physiques de la même collection.

En 1962, il a été nommé Professeur d’astronomie à la Faculté des Sciences de Lille, succédant à Vladimir Kourganoff à la direction de l’Observatoire de Lille. Il fut aussi à cette époque le directeur fondateur du Laboratoire de calcul de la faculté et conserva désormais la double casquette d’astronome et d’informaticien. En effet, Pierre Bacchus ne pouvait dissocier physique, astronomie et calcul scientifique et c’est pour disposer d’outils numériques indispensables à ces sciences qu’il s’impliqua avec énergie dans l’informatique naissante : pour rendre mieux accessibles les volumineux calculs qu’on rencontre souvent en astronomie, il réalisa notamment un compilateur ALGOL 60 pour l’IBM 1620 de la Faculté, puis ALGOL Q. Il fut très actif dans le domaine de la recherche sur les langages informatiques jusqu’à son départ en retraite. Il a été chef du Département de Mathématiques Appliquées de 1966 à 1968.

Il connaissait la navigation astronomique qu’il enseignait à l’Ecole de la Marine. Il s’est d’ailleurs toujours fortement impliqué dans les cadres de la Marine de réserve, terminant sa carrière au grade de Capitaine de frégate honoraire. Il avait aussi reçu de nombreux hommages, notamment la citation de Commandeur de l’Ordre National du Mérite.

A l’Observatoire de Lille, Pierre Bacchus se consacra à l’enseignement et la recherche aussi bien en astrométrie fondamentale qu’en astrophysique des atmosphères stellaires et en mécanique céleste. Dans cette dernière discipline, il a étudié la distribution des éléments des orbites de petites planètes puis il dirigea les travaux de Luc Duriez sur la dynamique de ces planètes et leur système de résonance.

Il avait l’art de transmettre ses vastes connaissances avec une limpidité remarquable, tant lors de ses cours magistraux que dans ses écrits. Ses explications, son calme signifiaient une maîtrise de ce qu’il pensait et de ce qu’il enseignait à ses étudiants. Il savait utiliser des faits simples pour faire comprendre des phénomènes parfois complexes, trouvant toujours le mot juste dans un enchaînement limpide des idées. Ces qualités sont encore bien visibles dans ses nombreux articles scientifiques et ouvrages d’enseignement, mais encore mieux par exemple dans le "Vocabulaire d’Astronomie" publié en 1980 chez Hachette. Il a fortement participé à la rédaction de cet ouvrage, remarquable tant pour la grande clarté de son contenu que pour sa forme inhabituelle pour l’époque. En effet, il conçut pour cette publication un programme de "traitement de texte" capable de gérer automatiquement la justification, les césures, les alignements et les changements de typographie des machines à écrire "à boules" alors en vogue comme terminaux (bien avant l’époque des ordinateurs personnels). C’était bien là encore un trait de son caractère : Quand un outil manquait, si possible il le concevait et le réalisait.

Pierre Bacchus a montré un intérêt particulier pour les étoiles doubles. Il s’est associé aux travaux de la commission des étoiles doubles de la Société Astronomique de France. Le cycle des réunions annuelles de cette commission passa à plusieurs reprises par l’Observatoire de Lille.

Il a rejoint « l’Association Jonckheere, les Amis de l’Observatoire de Lille » dès son origine, le 19 juin 2004. Pierre Bacchus est décédé le 28 Mai 2007 à Paris à l’âge de 83 ans. Il a laissé le souvenir d’un homme hors du commun, toujours proche des autres : il manifestait pour ceux qui travaillaient avec lui une attention toujours délicate et sans contrainte.