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De Hem à Lille

dimanche 26 août 2012

A la fin des années 20 et au début des années 30, Roger Salengro (1890-1936), Maire de Lille, fait réaménager le quartier de « Lille-Moulins ». Il souhaite « ouvrir le quartier vers la science et la lumière ». Le projet de réaménagement devait répondre à la fois à une politique sociale et à une orientation scientifique. C’est dans ce cadre que fut construit l’Observatoire de Lille sous l’impulsion de l’Université. Ce dernier allait recevoir les équipements scientifiques de l’Observatoire de Hem dont la grande lunette faisait partie. Elle est de nouveau opérationnelle en fin d’année 1934.



En 1927, à cause des difficultés liées à ces problèmes économiques et financiers, Robert JONCKHEERE soumet à Albert Chatelet, Recteur de l’Académie, une proposition de vente de son observatoire à l’Université de Lille.


En 1928, le Conseil de l’Université autorise le Recteur à entamer les négociations pour l’achat du matériel et non pas de l’ensemble de l’installation de Hem et à signer un engagement pour la somme forfaitaire de 200.000F.


A la suite de ces propositions, Joseph Kampé de Fériet (1893-1982), nouveau Professeur à la conférence de Mécanique céleste, étudie la création d’un nouvel observatoire astronomique, météorologique et sismologique. Le projet stipule que l’observatoire sera reconstruit à Lille, plus près des futurs utilisateurs.


Le Recteur, Albert Chatelet, et le Maire de Lille, Roger Salengro, s’entretiennent au sujet de l’installation d’un observatoire astronomique et météorologique à Lille. Le Recteur présente un projet estimatif composé ainsi :


Budget de réalisation de l’observatoire :

200.000 francs pour l’achat des instruments scientifiques de Hem (la grande lunette, les pendules, la station météorologique, le sismographe ...).
95.000 francs pour la construction des bâtiments.
20.000 francs pour le démontage, le transport et le remontage des appareils.
30.000 francs pour l’aménagement intérieur des bâtiments, chauffage central, mobilier...


Budget annuel de fonctionnement :

12.000 francs pour le Personnel de Direction (un Directeur et un assistant).
13.000 francs pour le Personnel de Bureau.
10.000 francs pour les frais d’entretien.
Une aide de 1/3 est demandée au Conseil Général du Nord.
La délibération du Conseil de l’Université est approuvée par le Ministre qui autorise l’achat. En novembre, Robert Jonckheere remet les clefs de l’Observatoire de Hem à Joseph Kampé de Fériet.


En 1929, la Municipalité de Lille inscrit un crédit de 95.000F au budget pour la construction de l’observatoire sur un terrain de 500m² lui appartenant, derrière l’Institut de Chimie, rue du Faubourg de Douai, aujourd’hui Impasse de l’Observatoire.


Malgré ses demandes, Robert Jonckheere ne peut pas accéder à un poste de chercheur dans ce nouvel établissement, faute de diplôme universitaire reconnu. Il part pour Marseille après avoir vendu les terrains et les bâtiments de son ancienne installation. C’est à ce moment là que le bâtiment abritant la coupole de Hem est rasé. Celle-ci n’a pas été détruite pendant la première guerre mondiale comme on le pense souvent .



A Marseille, Robert Jonckheere effectue différents petits métiers. Il se fait connaître à l’Observatoire de Marseille. Pendant le second conflit mondial, il réussit le concours d’entrée au CNRS et devient Maître de Recherche, astronome professionnel à l’Observatoire de Marseille. Il continue ses travaux et ses découvertes d’étoiles doubles en utilisant le télescope de Léon Foucault de 80cm de diamètre.


Il devient rédacteur en chef du « Journal des Observateurs », publication de référence de la recherche astronomique française de l’époque. Il prend sa retraite en 1962.
Il laisse derrière lui la découverte de plus de 3500 étoiles doubles. Ceci lui permet de figurer parmi les plus grands découvreurs de ce type d’étoiles au niveau mondial. Il reçoit, entre autres, le prix de l’Académie des Sciences 1967 qui couronne l’ensemble de ses travaux. Il s’éteint le 27 juin 1974.



Ainsi, si aujourd’hui encore, un observatoire astronomique existe au nord de Paris, à Lille, c’est grâce à une volonté locale et commune de la Mairie et de l’Université de Lille, mais surtout à l’opportunité d’acquérir un matériel scientifique déjà existant construit au début du siècle dernier par un astronome amateur passionné. Sans cela, aucun observatoire de cette envergure n’aurait été construit sur la métropole lilloise.


Aujourd’hui à Hem, non loin du 80 et 82 boulevard Clémenceau, une « Allée de l’Observatoire » rappelle l’existence passée d’un des établissements astronomiques privés les plus importants de France.