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Remise en état du sismographe

samedi 9 janvier 2016


La rénovation du sismographe Mainka de l’observatoire de Lille a été menée de février 2011 à juin 2014 pour l’essentiel. Tout ou presque était à faire mais nous avions la chance de disposer d’une moitié, la composante Est-Ouest, quasiment complète et pouvant servir de modèle pour la composante Nord-Sud, identique, à laquelle il manquait, entre autre, le délicat dispositif d’inscription sur papier fumé.

Le travail consistait donc, à démonter entièrement tout le mécanisme de la composante E-O, en prenant de nombreuses photographies facilitant le remontage ultérieur, puis à nettoyer, repeindre, réparer, refabriquer et remonter les différentes parties dans un ordre logique. Nous avons pris la précaution de ne traiter qu’une composante à la fois, l’autre servant de modèle. Cette façon de procéder nous a permis, lors des visites publiques, de présenter côte-à-côte, l’avant et l’après restauration, témoignant ainsi du travail accompli par l’AJAOL. De plus, pour parachever l’ouvrage, l’horloge Brillié associée a été réinstallée dans le même local et a retrouvé sa fonction de chronométrie des événements par le relevage périodique des plumes toutes les minutes. Cette horloge, pilotée par quartz, affiche l’heure légale.


À partir de fin février 2011, le local du sismographe est débarrassé, puis nettoyé. Le mouvement d’horlogerie à poids est déposé, démonté et l’accrochage du câble est réparé. En avril, la casse accidentelle de la corde à piano de suspension des masses inertielles de la composante E-O provoque le début du démontage de celle-ci. Divers travaux ont lieu jusque fin avril 2011 ; entre-temps, la manivelle de remontage du mouvement d’horlogerie est retrouvée.


Il s’ensuit une longue interruption des travaux au sismographe car il faut rénover la lunette en priorité. Les travaux reprennent le 22 octobre 2011 et tous les éléments sont rangés à l’atelier. Puis, presque une année s’écoule et l’activité reprend en septembre 2012 avec le nettoyage des cylindres d’aluminium entraînant le papier au noir de fumée. Le bâti de la composante E-O, particulièrement lourd est péniblement transporté à l’atelier, puis nettoyé, sommairement poncé, repeint et finalement remis en place en janvier 2013.


S’ensuivent alors le nettoyage et le traitement des différents accessoires : peinture pour les pièces en fonte ou en acier, décapage et vernissage pour les pièces en laiton. Le traitement des amortisseurs à air s’est révélé particulièrement délicat car ces pièces assurent aussi la transmission et l’amplification du déplacement relatif des masses inertielles, par rapport au bâti, jusqu’à la plume d’inscription. Aucun frottement mécanique n’est toléré.


Les lames élastiques de maintien des amortisseurs, obtenues par amincissement localisé d’une épaisse lame d’acier, très fragiles et vieillies, ont du être remplacées par des lames d’acier à ressort, pincées dans des lames d’aluminium, le tout respectant les dimensions initiales. La tige métallique reliant les masses inertielles à l’amortisseur, a du être réparée car les deux lamelles d’acier très minces, assurant une liaison de type Cardan étaient, soit tordues, soit cassées.


En août 2013, un réassemblage partiel pour vérification est effectué. Fin Août, on termine par le dispositif d’inscription, suspendu par du fil à coudre et relié à l’amortisseur par une biellette fabriquée dans de la baleine de paraplui. La plume sèche est élaborée avec le même matériau. Le dispositif de relevage des plumes, nettoyé et repeint est remis en place.


Le 6 septembre 2013, l’appareil est bâché en vue du nettoyage du plafond et des murs du local, ce qui est fait un peu plus tard. L’appareil, à moitié rénové, accompagné de panneaux explicatifs, est présenté au public lors des journées du patrimoine 2013. Le succès de cette manifestation redonne du tonus à l’équipe qui poursuit son œuvre. L’interstice au sol séparant la base en béton du carrelage est comblé par un tube de mousse. Ceci empêchera une quelconque précieuse pièce de s’égarer dans un endroit inaccessible. Puis, on travaille sur les amortisseurs et le mécanisme d’horlogerie est définitivement mis au point.


Début novembre 2013, le bâti de la composante N-S est amené à l’atelier où il subit le même traitement que son homologue E-O ; il est remis en place fin novembre 2013. Le délicat dispositif porte-plume de la composante N-S a été entièrement refait par découpage dans de la fine tôle d’aluminium en imitant autant que possible celui de la composante E-O. À la mi-Décembre, l’appareil entier est presque achevé, tandis que l’horloge associée est examinée et rénovée en vue de son installation au sous-sol. Mi-Janvier 2014, l’appareil est sommairement réglé, en particulier les butées de blocage des masses. Courant février 2014, le dispositif électrique de relevage des plumes est relié aux contacts périodiques de l’horloge Brillié.


À partir de mars 2014, l’équipe démonte les parties fragiles du sismographe, l’ensemble est bâché, ce qui permet de lessiver et repeindre le plafond, les murs, les tuyaux. Les travaux de finition se succèdent jusqu’au mois de juin 2014 par l’installation d’une rampe de spots amenant un surcroît d’éclairage sur un appareil qui méritait bien que l’on s’y intéresse.


En conclusion, la rénovation du sismographe fut une aventure passionnante, fédératrice, instructive et porteuse d’espoir. L’observatoire de Lille peut maintenant s’enorgueillir d’abriter dans ses murs le seul sismographe Mainka-Bosch encore dans cet état en France. L’aventure du sismographe continue.